ACCLIMATATION DU SAUMON ATLANTIQUE AUX ÎLES KERGUELEN
Le saumon atlantique (Salmo salar L.) est le plus grand et le plus recherché
des représentants français de la famille des salmonidés.
Poisson essentiellement migrateur amphibiotique (vivant alternativement en eau
douce et en eau salée), il fréquente les rivières aux eaux
froides et bien oxygénées dans lesquelles les adultes remontent
du printemps à l'automne, franchissant cascades et rapides, pour s'y
reproduire de novembre à janvier.
La femelle choisit un endroit dans un courant d'eau fraîche et, creusant
une dépression dans les graviers du fond, elle dépose ses ovules
en plusieurs fois, tandis que le mâle les féconde simultanément,
puis recouvre les veufs de graviers.
L'éclosion a lieu de mars à mai selon la température de
l'eau ; les alevins, puis les jeunes saumons, appelés " parrs "
ou " tocans =, restent de 1 à 3 ans (ou plus, dans les zones les
plus septentrionales de leur aire de répartition) en rivière,
colonisant les aires de courants assez forts auxquelles les truites préfèrent
des zones un peu plus calmes. Au printemps, les jeunes poissons de 10 à
25 cm de long revêtent peu à peu une livrée argentée
; ils sont alors appelés "smolts " et dévalent d'une
façon plus ou moins grégaire, vers la mer.
La croissance en mer est extrêmement rapide (environ 50 cm pendant la
première année) et des expériences de marquage ont montré
que l'amplitude de la migration pouvait atteindre plusieurs milliers de kilomètres
(zone d'engraissement de la côte Ouest du Groenland), avec des déplacements
de 50 à 100 km en 24 heures.
Après un séjour de un à trois ans en mer, les saumons regagnent
l'eau douce pour frayer ; ils sont alors guidés par une capacité
extraordinaire de se rappeler et de reconnaître l'eau dans laquelle ils
ont grandi, certains individus, issus de " smolts "d'élevage,
remontant jusqu'à l'effluent de leur pisciculture d'origine.
Contrairement aux saumons de l'Océan Pacifique (genre Oncorhynchus) qui
meurent après la fraie, le saumon atlantique peut y survivre (en particulier
les femelles) et accomplir un deuxième, voire un troisième périple
en mer suivi d'une ponte.
La FRANCE possède avec les Iles KERGUELEN, un territoire de plus de 6.000
kilomètres carrés, dont les lacs et rivières, vierges de
poissons, conviennent très bien à la survie des salmonidés.
Les premières tentatives d'acclimatation de truites datent de 1955 et
les recherches écologiques menées depuis quelques années
ont mis en évidence la bonne adaptation des populations de truites de
mer migratrices (Salmo trutta L.) qui manifestent une croissance très
supérieure à celle des sous-populations de truites sédentaires
de rivière en raison du contraste entre la pauvreté des eaux douces
et la richesse de l'Océan en organismes aquatiques.
La bonne qualité physique des rivières et l'énorme production
de " Krill " (crustacés pélagiques constituant une part
importante du régime alimentaire du saumon) de l'océan antarctique
sont deux facteurs favorables à l'acclimatation du saumon atlantique.
Pour recevoir dans les meilleures conditions les veufs arrivant d'Europe, après
un voyage de quatre semaines, une petite pisciculture expérimentale a
été installée à la base de Port-aux-Français,
qui a déjà accueilli 200.000 neufs en trois ans depuis 1975. Le
prix élevé de cette espèce et la raréfaction de
ses populations naturelles constituent, si l'introduction réussit, une
possibilité d'exploitation indirecte du " Krill ", dont la
biomasse est énorme, mais la valeur faible, et de mise en valeur du Territoire
par la pêche industrielle.
(Notice n°2 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale) |