Joseph-Antoine BRUNI d'ENTRECASTEAUX:
Contrairement à l'affirmation de certains ouvrages, naquit à
Aix-en-Provence le 7 novembre 1737 et non au village d'Entrecasteaux, où
s'élève toujours, récemment restauré le château
du même nom. Fils d'un président à mortier du parlement
de Provence, il fit ses études au Collège des Jésuites
d'Aix, avant d'être engagé comme garde de la Marine, en juillet
1754. Embarqué l'année suivante sur la "Pomone ", à
destination des Antilles, il participe, dans l'escadre de la Galisonnière,
à la prise de Minorque, en 1756, et devient, la même année,
Enseigne de Vaisseau. Sa bravoure, lors de l'expédition de Corse, en
1769, lui vaut d'être promu Lieutenant de Vaisseau le 10 février
1770. Après diverses affectations dont une sur l'"Alcmène",
commandée par Suffren, son parent, est nommé Commandant de Vaisseau
le 13 mars 1779. La paix de 1783 le retrouve Directeur-adjoint des ports et
arsenaux, où il révèle d'évidentes qualités
d'administrateur. En 1785, il est désigné comme Commandant les
forces navales dans les mers de l'Inde.
Chef de division le 1" mai 1786, embarqué sur la "Résolution",
il fait respecter le pavillon français de la Mer Rouge aux Mers de Chine,
accomplissant une difficile navigation à contre-mousson par le détroit
de la Sonde, les Moluques, les Mariannes et les Philippines, jusqu'à
Canton. En témoignage de satisfaction du Roi, il se voit nommer Gouverneur
Général des îles de France et de Bourbon (aujourd'hui Maurice
et La Réunion).
Revenu en France en 1789 (novembre), il traverse les premiers troubles révolutionnaires
sans difficultés particulières. C'est probablement en fonction
des qualités qu'il avait démontrées en 1786, en choisissant
une route maritime nouvelle, qu'il fut désigné, le 28 mai 1791,
pour assumer la direction de l'expédition réclamée par
la Nation pour rechercher les traces de La Pérouse et de ses compagnons.
D'Entrecasteaux dirigera les corvettes devenues célèbres, lui-même
embarqué sur " La Recherche" et Huon de Kermadec sur "L'Espérance".
C'est en mer, en janvier 1792, qu'il prendra son nouveau titre de Contre-Amiral.
Du Cap, les frégates cinglèrent sud-est et croisèrent les
îles Saint-Paul et Amsterdam le 28 mars 1792, où, faute de temps, elles
n'abordèrent pas. A cette occasion, un plan de l'lie d'Amsterdam fut
cependant dressé par M. BEAUTEMPS-BAUPRE, ingénieur-hydrographe
attaché à l'expédition. Latitude et longitude furent établies.
Un phénomène curieux put être observé, qui intrigua
beaucoup l'équipe scientifique présente, le sommet de File était
couvert de flammes, et le vent, du sud-ouest, poussait les masses de fumées
sur toute la partie orientale. En retard sur le calendrier prévu, d'Entrecasteaux
dût poursuivre sa route vers la Tasmanie. Aux îles Tonga, faute d'interprète,
l'expédition ignorera le passage de La Pérouse dans ces parages.
Autre malchance, à Vanikoro, l'impossibilité d'un mouillage ne
permit pas d'y rencontrer deux des rescapés de "La Boussole"qui
y vivaient sans doute encore. Le mauvais sort s'acharnera : Huon de Kermadec
meurt le 6 mai 1793 en Nouvelle Calédonie. Son chef et ami d'Entrecasteaux
ne lui survivra guère : atteint de scorbut en juin, il succombera en
mer, au large de Java, à bord de "La Recherche" le 20 juillet
1793. L'expédition perdait en lui un chef de grande expérience
et d'un mérite incontesté.
Assombrie par les rivalités internes, la navigation rendue difficile
sous un climat épuisant, amoindrie par de nombreux deuils, l'expédition,
infructueuse dans sa recherche, aura néanmoins connu un incontestable
succès par la découverte de nombreuses terres alors inconnues.
(Notice n°24 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale) |