50e anniversaire des Expéditions Polaires Françaises (28 février 1947 - 28 février 1997)
Le Conseil des Ministres, dans sa réunion du vendredi 28 février (1), a décidé la réalisation d'expéditions françaises dans les terres arctiques et antarctiques. « Le Projet adopté par le Conseil des Ministres et proposé par Monsieur PAUL-EMILE VICTOR, a été soumis par le Ministère de l'Economie Nationale. Monsieur PAUL-EMILE VICTOR est chargé de l'organisation de ces expéditions et en sera le chef ».
C'est par cette courte note que le Ministre de la Défense Nationale, François Billoux, a informé Paul-Emile Victor, le 12 mars 1947, du bon aboutissement des démarches qu'il entreprenait depuis moins d'un an. Ce qui, sans doute, frappe le plus dans la création des EPF, c'est bien la rapidité de la décision à une époque où les principales préoccupations du Gouvernement étaient de reconstruire la France et de rétablir son économie, sans parler du ravitaillement qui restait le premier souci des Français.
Paul-Emile Victor avait terminé la guerre comme capitaine de l'US Air-Force et avait été libéré en juillet 1946. Il était rentré des USA bien décidé à reprendre l'exploration de l'inlandsis groenlandais en mettant en œuvre les techniques mécanisées, chenillettes et avions, qu'il avait contribué à mettre au point pour la récupération d'équipages perdus en Arctique. Aussi, dès son retour en France, sa première préoccupation a été de trouver des appuis pour monter une expédition vers le Groenland.
Ce même été, trois jeunes Français, après avoir reconnu le plus haut sommet encore inviolé du Spitzberg auquel ils donneront le nom du Général Perrier, découvrent, par hasard, l'existence de la Terre-Adélie, revendiquée par la France, mais qu'aucun Français n'a foulée depuis sa découverte en 1840. De retour à Paris, André-Paul Martin, Robert Pommier et Yves Vallette vont convaincre Paul-Emile Victor d'organiser parallèlement à son projet arctique une expédition en Terre-Adélie. L'idée le séduit et le mémorandum qu'il soumettra au Gouvernement en février 1947 réunira les deux projets « d'Expéditions privées, civiles, à buts scientifiques »
Trois de ses anciens compagnons du Groenland ou de Laponie, Robert Gessain, Raymond Latarjet et Michel Pérez ainsi qu'André-Frank Liotard qu'il a connu aux USA vont aider PEV à construire l'esquisse des futures missions. C'est A.-F Liotard qui convaincra le Ministre de l'Economie Nationale, André Philip, auquel il est lié, de présenter le mémorandum au Conseil des Ministres. Ce texte développe l'argument suivant : « Le grand nombre de nations s'intéressant à l'ARCTIQUE et à l'ANTARCTIQUE prouve qu'il s'agit de nouvelles régions du globe conquises par l'homme qui, désormais, va y développer d'importantes activités. Pour que la FRANCE puisse avoir sa part dans ces activités, elle doit participer aux travaux qui la préparent ». En une dizaine de pages PEV trace ensuite de façon magistrale ce que seront effectivement les premières années des Expéditions Polaires Françaises.
Après le 28 février, l'organisation des Expéditions Polaires va très vite se mettre en place. Le 4 avril 1947, le Président du Conseil, Paul Ramadier, confirme la note de François Billoux et accrédite PEV auprès des divers Ministères pour préparer ses expéditions. Une «Commission Interministérielle [est] formée sous la présidence du Ministre de l'Economie Nationale [pour] mettre en oeuvre les moyens dont disposent les divers Ministères pour réaliser ces expéditions suivant le projet soumis par M. Paul-Emile Victor ». Le 2 juin, le Président du Bureau des Longitudes, Louis de Broglie, et le 10, l'Académie des Sciences, sur l'avis de sa Commission des expéditions polaires, approuvent le programme proposé. Le 2 juillet 1947, le Président de la République, Vincent Auriol, accorde son haut patronage à l'opération. Bientôt les crédits seront votés et un comité directeur mis en place.
En octobre 1947 tout est prêt pour que les opérations puissent commencer. Durant l'été austral 1947-1948 A.-F Liotard et Y. Vallette participeront aux missions antarctiques britanniques et australiennes. En mai 1948 un premier groupe préparatoire partira pour le Groenland et en novembre le Commandant Charcot, armé par la Marine Nationale sous le commandement du capitaine de frégate Max Douguet, appareillera de Brest pour la Terre-Adélie.
En moins de deux ans ce qui pouvait apparaître comme une chimère dans le contexte politique de la France d'après guerre était devenu une organisation solide qui déjà démontrait son efficacité.
Les philatélistes curieux se reporteront avec intérêt à la notice n° 111 du timbre commémorant le 40e anniversaire des EPF. Rédigée par Gaston Rouillon, ancien directeur adjoint des EPF, elle apporte de nombreuses précisions sur l'histoire de cette organisation.
Le triptyque émis par les Terres Australes et Antarctiques Françaises à l'occasion du 50e anniversaire de la création des Expéditions Polaires Françaises - Missions Paul-Emile Victor illustre les premières années de cette histoire.
Les weasels représentés sur le timbre de gauche ont été le principal outil de l'exploration de l'inlandsis groenlandais où, de 1948 à 1953, ils ont parcouru près de 100 000 km. Cet engin amphibie de débarquement utilisé par les Américains dans le Pacifique s'est révélé avoir d'excellentes aptitudes à circuler sur le névé polaire. Mais pour atteindre la calotte glaciaire les véhicules devaient franchir la bande côtière très accidentée par une piste dont la construction a été le principal objectif de la campagne 1948. Les chiens de traîneau qui ont permis à P.-E. Victor de traverser en 1936 le Groenland ne sont plus utilisés en Arctique par les EPF après la guerre. Mais ils seront le moteur des premiers raids en Terre-Adélie (cf. notice n° 53).
L'expédition partie en novembre 1948 vers le Sud, arrêtée par les glaces, n'a pu atteindre la côte. Ce n'est donc qu'en 1950 que sera créée la base de Port Martin, du nom de l'un des pionniers du retour en Terre-Adélie décédé à bord du Commandant Charcot durant le voyage, où hiverneront 11 hommes sous la direction d'A.-F. Liotard. Elle est représentée à gauche du timbre central (voir aussi la notice n° 71). Après un second hivernage sous la direction de Michel Barré, elle sera détruite par un incendie en janvier 1952. Cette année-là, sept hommes hiverneront à 65 km à l'Ouest, dans l'archipel de Pointe Géologie, près d'une colonie de manchots Empereur. Les constructions, en partie improvisées, de cette mission sont connues sous le nom de Base Marret, du nom du responsable de l'hivernage (partie droite du timbre et notice n° 91).
C'est l'Année Géophysique Internationale (AGI, 1" juillet 1957 - 31 décembre 1958) qui ramènera des Français en Antarctique. Le site de l'Ile des Pétrels où a été implantée la Base Marret est préféré à celui de Port Martin. Une nouvelle base, Dumont d'Urville, est construite au sommet de l'île, en 1956, sous la direction de Robert Guillard. Les deux hivernages de l'AGI s'y succéderont sous la direction de Bertrand Imbert puis de Gaston Rouillon. Simultanément, à 320 km de la côte, trois hommes hiverneront dans la station Charcot implantée dans le névé (cf. notice n° 45). Ces deux installations illustrent la partie gauche du timbre de droite. La base Dumont d'Urville sera conservée et développée par les EPF. La partie droite de ce timbre présente la base des années 1980. Elle est alors la plus moderne de l'Antarctique.
(1) De nombreux textes, même parmi les plus anciens de P-E. Victor, donnent le 27 février comme date de ce Conseil des Ministres. La consultation des documents originaux confirme bien la date du 28 février.
Bernard MORLET
Directeur de Recherches au CNRS
Secrétaire Général des Expéditions Polaires Françaises
(Notice n°229 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)