| Carnet sur l'évolution de l'habillement polaire de 1898 à nos jours - En 1996
Il ne suffit pas, pour se protéger des températures extrêmes lors d'expéditions antarctiques, d'empiler un maximum de vêtements : si l'on a trop chaud, notamment au cours d'efforts physiques, la transpiration entraîne rapidement le gel, la peau humide transmettant la chaleur à une vitesse 20 fois supérieure à la peau sèche. Il convient d' éviter à tout prix que les vêtements au contact de la peau ne deviennent humides entraînant une déperdition de chaleur extrêmement rapide.
La méthode la plus efficace pour s'isoler du froid consiste à porter des vêtements qui coupent le vent tout en permettant à la transpiration de s'évacuer, notamment en intercalant des couches d'air entre la peau et le vêtement. Il est très important de se protéger la tête par laquelle une très grande partie (jusqu'à 80%) de la chaleur corporelle peut s' échapper, et bien entendu, les mains et surtout les pieds qui sont les parties du corps les plus sensibles aux gelures et les plus difficiles à protéger (Il est souvent arrivé que des hommes continuent de marcher avec les pieds gelés sans s'en rendre compte, disait Amundsen)
De nos jours, l'équipement n'est plus un problème : de nouvelles fibres textiles permettent de se protéger du froid avec un encombrement et un poids bien moindres. A la base de l'équipement moderne, une protection externe coupe-vent - sorte d'anorak avec capuche - suffisamment large pour permettre le port de plusieurs "sous-vêtements" à l'intérieur sans gêner les mouvements : gilets épais, pantalons, caleçons, chemises et pulls qui, volumineux, retiennent l'air nécessaire. Aux pieds, des bottes assez grandes pour y glisser des chaussettes en laine épaisses et deux paires de chaussons en molleton qui peut absorber une grande quantité d'humidité sans perdre ses propriétés isolantes. Aux mains des gants de soie, des gants de laine et des mitaines, originellement en fourrure (de chien par exemple) , en goretex aujourd'hui. Les lunettes protectrices sont évidemment indispensables pour éviter l'ophtalmie des neiges.
Les membres de la dernière expédition de Robert Falcon Scott (1912 ) protégeaient leurs pieds avec trois paires de chaussettes glissées dans des bottes en fourrure de renne - semelle comprise - emplies d'herbe séchée ou "finnesko", s'inspirant d' une technique lapone. Des bandes molletières entouraient le bas des pantalons pour empêcher la neige de s'infiltrer. Ils constatèrent que l'humidité du corps transformée en glace enfermait le corps dans une sorte d'armure que les hommes devaient dégeler avant de pouvoir se coucher. Le lendemain les vêtements regelaient à nouveau. Par la suite, on prit soin d'emporter des "primus" et suffisamment de kérosène pour permettre de sécher les vêtements au cours de la nuit. Roald Amundsen et ses co-équipiers (1910-12), les premiers à hiverner sur le continent, portaient des parkas en peaux de rennes de différentes épaisseurs en fonction des besoins et de la température, coupées d'après les costumes des Esquimaux Netsilik (Canada) et de très larges bottes sur six paires de bas. Pour l'été il recommandait l'utilisation de coupe-vent en gabardine de type Burberry, légère, solide et isolante également utilisée par Ernest Shackleton et ses compagnons (1907-1909) qui en vantaient l' efficacité même dans le blizzard.
Richard Byrd (1928-1930) portait une parka en peau de renne, conçue d'après le vêtement inuit bien ajusté notamment au niveau des hanches, dotée d'un pan recouvrant le haut des cuisses, boutonnée par devant et équipée d'une capuche dont les bords couvraient le visage le protégeant du vent.
Sylvie DEVERS
Muséum National d'Histoire Naturelle
(Notice n°308 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale) |