Emission: Faciale: Notice: Yvert: Cérès: Dallay: Scott: SG: Michel: WNS:
04/03/2005
4,50 €
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Conversation intime entre Charcot et un manchot en 1905.

Ce timbre, attenant à une vignette, célébre le centenaire du retour du navire du commandant Charcot: Le Français.
Le cachet premier jour illustré est prévu pour le 4 mars 2005.
Emission, le 4 mars 2005 sur le district de Terre Adélie et le 5 mars 2005 sur les autres districts, le 7 mars à Paris et ST Denis de La Réunion.
Une vente anticipée de ce timbre aura lieu les 5, 6 et 7 mars à l’antenne parisienne des TAAF ,1 avenue Chantemesse 75116 Paris – L’accès au bâtiment se fera par l’ancienne adresse des EPF (expéditions polaires françaises) 47, avenue du maréchal Fayolle 75116 Paris.
Ce timbre a obtenu le grand prix de l'art philatélique dans la catégorie Outre-mer.


L'hivernage commence à Port-Charcot (île Wandel). Son avant piqué vers le fond de l'anse, le "Français" accote son flanc droit le long d'une colline rocheuse qui lui fournit un point d'appui ; il est à quai, si l'on peut dire, puisque la corniche de glace permet de jeter une passerelle et d'établir un débarcadère. La mâture est réduite pour diminuer la prise au vent. Un taud de toile épaisse recouvre le pont presque de bout en bout, manteau qui, bientôt doublé d'une couche de neige, conserve la chaleur du navire, en même temps qu'il constitue un vaste atelier abrité des intempéries.
Sur l'île, une véritable cité s'élève sur la neige. La maison démontable, avec son poêle et sa petite cheminée, mais aussi une cabane magnétique d'où toute parcelle de fer est exclue ; des maisons groenlandaises aux coupoles de glace, servant de réserves à pétrole ou de dépôts de viande de phoque. Les embarcations forment réceptacles pour le charbon, les explosifs ; des édifices aux formes bizarres abritent les instruments les plus divers : thermomètres, pendules, enregistreurs et des girouettes tournent à tous les vents. On débarque la plus grande quantité possible de vivres et com­bustible que renferme le navire ; les caisses de biscuits et les briquettes s'empilent en murs impressionnants. Il faut prévoir en effet que le navire peut être écrasé par la pression des glaces ou détruit parle feu. Il faudrait alors s'installer à terre et attendre les secours. La température continue de bais­ser ; -21 °C en ce 15 mai où la mer est maintenant prise entièrement. Le "Français" est prisonnier des glaces.
Pendant l'hivernage, les matinées se passent à l'intérieur du navire. Matha, qui a le soin des observations astronomiques, se plonge dans ses calculs pendant que Rey compulse ses relevés météo­rologiques et trace les courbes magnétiques. Turquet est au laboratoire, l'oeil au microscope. Pléneau, dans le cabinet noir, réchauffe au bain-marie ses révélateurs de photographie. Gourdon taille, classe, étiquette ses échantillons de roche. Parfois, le carré se transforme en atelier ; il y a tant d'appareils à adapter ou même à construire.
Quant à Charcot, il circule partout, veillant à tout. Le maître Cholet lui rend compte des besoins du navire et des hommes ; le maître mécanicien Goudier l'entretient des réparations de la machine, de la consommation de charbon ; avec Jabet, le bosco, l'homme à tout faire, c'est la question des vivres, les méfaits des rats, l'état des soutes comme des constructions à terre. Charcot sait trouver le mot juste qui ranime le courage ou déride un front soucieux. Rien de ce qui intéresse ses hommes ne lui est indifférent. Entraîné aux exercices physiques, il met volontiers la main à la pâte, tire sur un filin, manie un aviron, grimpe dans les haubans. Il ne manque pas de rendre visite aux chiens groenlandais qui lui donnent du tourment car ils massacrent ses chers manchots dès qu'on leur donne un peu de liberté. Sa sensibilité envers les animaux est extrême et il est interdit de les tuer à moins de nécessité scientifique ou alimentaire.
Midi est l'heure du déjeuner, mais comme c'est aussi le moment de maximum de clarté dont les membres disposent pendant l'hiver, la montre du bord est réglée chaque jour de façon que le repas soit terminé quand apparaissent les brèves lueurs qui permettent de travailler dehors. Charcot préside à l'extrémité de la table autour de laquelle les membres de l'état-major s'asseyent toujours avec plaisir. Les dimanches et jours de fêtes, le menu se rehausse d'un plat sensationnel, conserves fines, crêpes au sang de phoque ou pudding flambant, ce dernier accompagné d'une pluie soudaine provoquée par le dégel de la claire-voie au-dessus de la table.
Gourdon raconte : " Le repas achevé, on revêt l'anorak, on chausse les mocassins et gantés de moufles épais nous partons, les skis sur l'épaule et le piolet en main. Pendant que les jours dimi­nuent, on se hâte de parcourir les environs de la station, mais, même dans la grande nuit, les sor­ties quotidiennes ne sont pas abandonnées tant par hygiène que pour les observations scientifiques. Vers quatre heures, on rentre transis ; on accroche les équipements couverts de neige et de givre et bientôt les alentours du poêle ruissellent et fument, au grand déplaisir de Paumelle qui apporte le thé bouillant. Après quoi, nous nous remettons au travail jusqu'au dîner, chacun classant les observations et matériaux qu'il vient de rapporter. "
Après le dîner, la veillée s'organise. Tandis que les uns entament une partie d'échecs ou de jacquet, d'autres s'appliquent à décorer leurs skis de dessins pyrogravés ou mettent à jour leur journal personnel. Mais Charcot, toujours préoccupé du moral de son équipage, a organisé dans le poste une sorte d'école du soir ; des leçons bien élémentaires qui tournent volontiers à la causerie. Quelquefois également, des séances de gramophone pour terminer la journée. La nuit, le silence règne à bord, interrompu seulement par le pas du veilleur sur le pont ou par le grondement lointain de quelque avalanche. Toutes les deux heures, cependant, l'homme de quart vient réveiller l'un des scientifiques ; certaines observations ne souffrent pas d'interruption.
Le 25 décembre 1904, après un réveillon d'une gaieté folle, ce sont les adieux à l'île Wandel. Charcot monte encore une fois au sommet Jeanne pour repérer les meilleurs passages à travers les glaces. Il s'y recueille : " Dois-je dire adieu ou au-revoir à cette île où nous sommes depuis neuf mois, à ce coin perdu de la planète où j'ai espéré, lutté, souffert aussi, mais où j'ai éprouvé les belles, les grandes, les saines émotions, où nous avons commencé une oeuvre ? Les couleurs de notre pavillon qui flotte à l'arrière se détachent sur la neige ; il me semble qu'il me remercie de l'avoir enfin amené jusque-là, et gravement, sans fausse honte, je le salue. "
La première étape vers le sud est Port-Lockroy où les travaux sur la chaudière recommencent. Le départ, le 4 janvier 1905, est suivi de la reprise des tempêtes ; il faut contourner la banquise et changer de route sans cesse pour ménager la machine, souci constant de Charcot. Le 15 janvier, Charcot écrit : " Subitement, au moment où nous passons à une encablure d'un iceberg de près de 50 mètres de haut, nous ressentons un choc terrible, la mâture vibre et plie au point de faire craindre qu'elle ne vienne en bas et le bateau grimpe presque vertical, avec un craquement sinistre, s'enga­geant jusqu'à la passerelle. La longue houle nous fait talonner violemment deux ou trois fois. " Il faut pomper manuellement 45 minutes par heure dans l'eau glacée qui a envahi les soutes pour maintenir le navire à flot. Dans ces conditions précaires, Charcot donne l'ordre du retour en mettant le cap sur Port-Lockroy pour de nouvelles réparations. Le 15 février, le "Français" contourne l'île Smith, se dirige vers le continent sud-américain et entre début mars 1905 dans la baie de Puerto-Madryn. Puis, Buenos Aires à la mi-mars où l'expédition Charcot reçoit un accueil triomphal et chaleureux de la part des Argentins et de la communauté française. Le "Français" est mis immédiatement en cale sèche et l'on découvre avec stupeur l'étendue des dégâts. Il est hors de question de rentrer ainsi en France et la réparation apparaît trop onéreuse. Le ministre argentin de la Marine propose d'acheter le navire. Charcot, voyant là un hommage rendu à la construction française, accepte. Les approvisionnements qui restent à bord sont donnés au nom des souscripteurs de l'expédition à l'Hôpital français de Buenos Aires. En novembre 1905, par décision du ministère de la Marine, le navire est baptisé "El Austral" pour assurer le ravitaillement de la station météorologique des îles Orcades.
Le 5 mai 1905, à Buenos Aires, l'état-major et l'équipage embarquent à bord du paquebot "Algérie" pour regagner l'Europe. A Tanger, Charcot apprend que le croiseur "Linois" est envoyé par le gouvernement français pour les ramener en France où ils arrivent le 9 juin. A Toulon et à Paris, un accueil triomphal et des réceptions officielles l'attendent.
Les résultats de l'expédition sont impressionnants : 1 000 km de côtes nouvelles reconnues et relevées, 3 cartes marines détaillées, 75 caisses d'observations, de notes, de mesures et de collections destinées au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ces chiffres expriment mal l'abondance des découvertes et des connaissances nouvelles réalisées dans les domaines les plus variés. Il faut par­ticulièrement souligner le très important travail effectué pour identifier, positionner, éclaircir, confirmer ou éliminer des connaissances antérieures fragmentaires, parfois contradictoires et souvent erronées, portant sur des régions dont l'accès et le climat difficiles ont interdit pendant des siècles toute pénétration humaine.
Il convient aussi d'observer que Charcot, grâce à ses qualités personnelles exceptionnelles, sur le plan technique comme sur le plan humain, a su ramener jusqu'en Argentine par ses seuls moyens, sur son propre navire, son équipage au complet, malgré les innombrables dangers qui l'ont conti­nuellement menacé pendant plus d'une année passée au milieu des glaces.
Aux yeux de Charcot, cela fut la chose la plus importante... bien plus que les honneurs.

Serge KAHN
Secrétaire général de l'Amicale
des Anciens du " Pourquoi-Pas ? " et leurs Amis

(Notice n°334 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)

Maquette: Graveur: Couleurs: Impression: Format: Dentelure: Feuilles: Tirage: Coins datés :
Multicolore
Taille-douce
48 x 27+ 22 x 27
Horizontal
13
10 timbres par feuille
100 000