Emission: Faciale: Notice: Yvert: Cérès: Dallay: Scott: SG: Michel: WNS:
01/01/2006
0,90 €
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Cinquantième anniversaire de la base Dumont D'Urville 1956-2006.
District concerné: TA

Découverte par le navigateur français Jules Sébastien César Dumont d'Urville en 1840, la Terre Adélie abrite une base scientifique permanente française en Antarctique. La base Dumont d'Urville est située sur l'île des Pétrels, dans l'archipel de Pointe Géologie, à 5 km du continent.

L'origine de la base:
Le Norsel quitte Rouen le 16 octobre 1955 sous le commandement du capitaine Jacobsen. A bord, outre les 14 membres de l'expédition, il emporte 350 tonnes de matériels dont trois Weasel, deux snowcats et un chaland automoteur afin de faciliter les opérations de débarquement. Après des escales à Alger, Aden, Maurice, Melbourne, et Hobart d'où il repart pour la Terres Adélie le 25 décembre 1955, il arrive en face de l'archipel de Pointe Géologie le 1er janvier 1956.
Dès l'arrivé, le débarquement du matériel commence. Il s'agit de monter une nouvelle base baptisée Dumont D'Urville dans l'îles des Petrels, proche de l'ancienne base occupée en 1953 par la mission de M. Marret. En moins de quatre mois, la base sera construite. Elle comprend un bâtiment d'habitation d'une surface couverte de 150 m² et un bâtiment-atelier qui sert également d'entrepôt.

Extrait du livre: "Histoire postale des Terres Australes et Antarctiques Françaises" de Pierre Couesnon et André Guyader


La base Dumont D'Urville est une station scientifique permanente française située en TERRE ADELIE, quatrième district des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).
Sa construction a commencé en décembre 1955 pour la participation française au programme scientifique de l'Année Géophysique Internationale (A.G.I.) de 1957/58. Cette base n'était prévue que pour les trois hivernages de 1956,1957 et 1958. En 1959 le gouvernement français, signataire du traité sur l'Antarctique, décida d'en faire une base permanente et d'en confier la gestion aux Expéditions Polaires Françaises (EPF).

Cette base est installée sur la côte de Terre Adélie, dans l'archipel de Pointe Géologie à environ 80 km à l'ouest de Port Martin, la première base française de Terre Adélie qui fût détruite par un incendie en 1952 après les deux hivernages de 1950 et 1951. Elle a été implantée sur l'île des Pétrels, la plus grande île de l'archipel (seulement 4 hectares) où avaient déjà hiverné en 1952, après l'incendie de Port Martin, sept hommes sous la direction de Mario Marret. Cette localisation particulièrement intéressante dans tous ses aspects climatiques, logistiques, techniques et surtout scientifiques lui a permis de devenir un observatoire scientifique permanent, ouvert à la collaboration internationale de règle en Antarctique depuis la signature du Traité, et la base de départ des futures activités françaises à l'intérieur du continent Antarctique.
Avantages climatiques : Bien que située dans la zone des vents catabatiques comme toute la côte de Terre Adélie, l'archipel bénéficie d'un micro climat qui favorise une importante présence animale et permet aussi des conditions de vie et de travail beaucoup plus faciles qu' à Port Martin. La température positive en été avec le dégel de la mer ne descend pas en dessous de moins quarante en hiver. Les vents très violents - jusqu'à 300 km/h enregistrés en 1972 - y sont cependant beaucoup moins fréquents que sur le continent. La vitesse moyenne annuelle du vent qui étaient de 19m/s à port Martin n'est plus que de 12m/s à Dumont D'Urville.
Avantages logistiques et techniques : Possibilité pour les navires polaires de ravitaillement de venir s'abriter et s'amarrer entre les îles. Accès vers l'intérieur du continent par le Cap Prud'homme. Et surtout un avantage déterminant pour une base permanente possibilité de construire toutes les installations sur du rocher et non sur de la neige comme à l'intérieur du continent où toutes les stations doivent être reconstruites périodiquement.
Avantages scientifiques : La base Dumont D'Urville est privilégiée pour les études de biologie animale car l'archipel abrite une faune exceptionnelle d'oiseaux et de mammifères marins spécifiques à l'antarctique avec une importante colonie de manchots empereurs. L'étude du comportement de ces manchots a commencé dès 1952 et se poursuit sans discontinuer depuis 1956. Très surveillée et protégée cette rookerie a fait l'objet de plusieurs films : le premier réalisé en noir et blanc par Mario Marret en 1952 a été primé au festival de Cannes, le dernier " la marche de l'empereur" connaît un succès mondial.
Elle est aussi privilégiée pour toutes les études de géophysique car elle est située dans la zone de déplacement du pôle magnétique sud. Les variations du magnétisme terrestre y sont enregistrées en permanence depuis 1956 et retransmises dans le réseau mondial. De nombreuses disciplines liées à l'activité solaire y ont été développées : étude de aurores australes, de l'ionosphère, de la haute atmosphère avec le trou d'ozone etc. Les observations météorologiques rentrent également dans le réseau mondial des prévisions.

Evolution des constructions et des installations de la base Dumont D'Urville :

Le premier bâtiment construit sur l'île, la base Marret en 1952 était en bois. Il a subi quelques transformations et dégradations inévitables et est devenu un monument historique.

Pour l'Année Géophysique Internationale les responsables choisirent des bâtiments métalliques FILLOD qui avaient l'avantage de présenter un moindre risque d'incendie et d'être fabriqués en série pour les bases militaires. Ils furent toutefois modifiés et adaptés au conditions climatiques particulières de la Terre Adélie par un ancien hivernant de Port Martin, l'architecte Yves Vallette. Cette base était conçue comme un sous marin pour protéger les hommes des agressions extérieures. Elle ne comportait que deux bâtiments principaux reliés par un couloir. Le bâtiment principal de 200 m2 abritait toutes les principales activités concernant la vie et le travail. Les appareils enregistreurs de la météorologie ou du magnétisme, le sondeur ionosphérique et les appareils radio côtoyaient les couchettes, ainsi que la cuisine et la salle commune qui servait à l'occasion de salle d'opération pour le médecin. Ce bâtiment transformé en magasin pour les vivres en 1972 a duré pendant plus de 45 ans et vient d'être remplacé par un bâtiment neuf.

Quand les Expéditions Polaires Françaises reprirent la gestion de la base en 1959 toutes les installations plus ou moins provisoires de l'A.G.I. avaient besoin d'être remplacées et complétées par des travaux d'infrastructure pour répondre aux besoins d'une base permanente et pour améliorer les conditions de vie et de travail du personnel.

Dès 1962 un plan directeur d'aménagement de l'île fût établi et approuvé par l'administration des TAAF pour permettre un développement cohérent de la base et éviter la dispersion anarchique des installations. Ce plan délimitait les zones à réserver pour les différentes activités scientifiques et techniques, tout en prenant les premières mesures nécessaires pour la protection de la faune.

La nouvelle base fut conçue sur le principe de bâtiments ayant des fonctions bien séparées pour le travail, le repos et la vie en collectivité (fini de dormir sur son lieu de travail). Soit des laboratoires pour les travaux scientifiques, des locaux techniques, des magasins de stockage pour les vivres et le matériel, un grand bâtiment logement avec des chambres individuelles confortables pour tous les hivernants, une infirmerie comportant une vraie salle d'opération, et enfin un grand bâtiment central de 300 m2 pour la vie commune avec cuisine, restaurant, salon bibliothèque et autres loisirs.
Des bâtiments d' un type entièrement nouveau, bien adaptés aux conditions très particulières de la Terre Adélie, furent étudiés par les EPF en collaboration avec l'architecte Wladimir Bodiansky. Ils furent préfabriqués par deux firmes françaises : la CFEM pour les plates-formes et les ossatures métalliques et la SPAIR pour les panneaux en tissu de verre et résine polyester qui représentaient l'originalité principale de ces bâtiments. Avec une épaisseur de seulement 84 mm, ces panneaux constituaient l'unique paroi des bâtiments sans nécessiter de doublage intérieur.
Ces nouveaux bâtiments modulaires étaient faciles à transporter et à monter malgré l'absence de moyens de manutentions. Confortables et agréables pour vivre et travailler ils avaient de plus un aspect extérieur esthétique inhabituel et bienvenu pour une base polaire.

Les programmes scientifiques restant toujours prioritaires, la construction de ces nouveaux bâtiments et des nouvelles infrastructures de la base dura environ une dizaine d'années. En 1963 construction de la centrale électrique et d'un laboratoire, en 1965 construction du deuxième laboratoire et du bâtiment séjour, en 1966 intérieur du bâtiment séjour et réalisation de l'ensemble de production d'eau avec distillation d'eau de mer. Le bâtiment logement hivernants (2 niveaux et 600 m2 habitables) ne fût terminé qu'en 1972 avec le dernier bâtiment de ce type pour la radio et la gérance postale.
L'exécution de tous ces travaux dirigés par Robert Guillard chef des opérations des EPF n'empêchèrent pas la réalisation de programmes scientifiques particulièrement importants et intéressants comme le tir de 4 fusées sondes de la ionosphère en 1967 (les premières tirées depuis l'antarctique) ou la reprise des raids vers l'intérieur du continent pour des programmes internationaux.

Les années 70 virent le développement des activités scientifiques avec renouvellement des programmes et des moyens. L'antenne de poursuite et de télécommande du satellite ISIS installée en 1974 inaugura l'ère des satellites qui apporta des changements importants dans tous les domaines : tant pour les observations scientifiques que pour les télécommunications ou la navigation avec les systèmes GPS.
Les travaux de glaciologie présentèrent aussi un intérêt scientifique de plus en plus important car avec les forages profonds et l'analyse des carottes de neige ils permettent de reconstituer l'histoire climatique de la terre, cette connaissance étant fondamentale pour l'étude des futures variations climatiques. Le forage de 900 mètres exécuté par les français au Dôme C pendant la campagne 1977/78 avec le soutien des avions américains, a permis de remonter à 30 000 ans d'histoire du climat. Un forage de 3000 mètres jusqu'au socle rocheux permettra de remonter à plus d'un million d'années. D'ou la décision de continuer les forages au Dôme C et d'y installer une future station d'hivernage qui sera Concordia. Le Dôme C étant situé à plus de 1000 km de Dumont D'Urville, des moyens de transport aériens y sont indispensables, d'où le projet d'une piste à Dumont D'Urville.
Tous ces travaux scientifiques, nécessitèrent beaucoup de personnels et de moyens financiers qui retardèrent les travaux d'infrastructure et d'entretien de la base. Dans les années 80, la base Dumont d'Urville a toutefois bénéficié des travaux d'infrastructure réalisés pour la construction de la piste d'aviation : plateformes, hangars, quai d'appontement pour le déchargement du navire et engins de manutention et de transports indispensables. Ce projet de piste ambitieux et mal compris (il ne devait s'agir que de vols opérationnels dans les meilleures conditions) a dû être abandonné dans sa phase finale. Il aurait offert de meilleures conditions de sécurité que les pistes sur neige utilisées à l'intérieur du continent.
Dans les années 80 et 90 les programmes de géophysique diminuèrent au profit d'un recentrage des activités vers les sciences de la biologie : physiologie animale et biologie marine, longtemps freinées par leurs besoins en eau. Un nouveau laboratoire de biologie fût construit près de la centrale et des canalisations d'eau pour pouvoir être alimenté en eau douce et en eau de mer.

En 1992, l'Institut Polaire ( IFRTP devenu Institut Paul Emile Victor - IPEV - en 2002) a repris toutes les activités des EPF et la gestion et le développement de la base Dumont D'URVILLE.

Depuis la base Dumont D'Urville continue de développer ses infrastructures et est devenue le principal soutien de la nouvelle station CONCORDIA

Christiane GILLET
Ingénieur
Ancien chef du bureau technique des Expéditions Polaires Françaises

(Notice n°344 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)

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