Emission: Faciale: Notice: Yvert: Cérès: Dallay: Scott: SG: Michel: WNS:
01/01/2007
0,49 €
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Louis Aleno de Saint Aloüarn (1738-1772)
District concerné: Ker

L'orthographe de ce nom a dû être choisie parmi les nombreuses formes qu'on trouve dans les archives du 18ème siècle : Saint Allouarn, Saint Alouarn, Saint Alouarne, Saint Allouarne, etc. Les noms étaient alors écrits comme on les entendait. De même, on trouve : Kerguelen, Kerguelein, Kerguelin, Querguelin, etc. La forme Saint Aloüarn est celle par laquelle le jeune officier mourant a adressé une dernière lettre, de l' Ile de France (Maurice aujourd'hui) le 20 octobre 1772, à son commandant Yves de Kerguelen déjà revenu en France.
Son nom complet est : Louis François Marie Aleno de Saint Aloüarn. II est né le 28 juillet 1738 au manoir de Saint Aloüarn à Guengat, près de Quimper où sa famille possédait aussi un hôtel. Il était l'aîné d'une famille de cinq enfants, dont il fut le seul fils. Son père, François Marie, a été un officier de marine remarqué par sa bravoure contre les Anglais, il mourut à la bataille des Cardinaux en 1759, jeune encore, laissant son fils Louis chef de famille.
Louis de Saint Aloüarn entre, à seize ans, à l'Ecole des Gardes Marine de Brest, il est promu enseigne de vaisseau à l'âge de 17 ans, et sa carrière d'officier de marine s'annonce brillante. C'est en faisant des relevés hydrographiques sur la côte nord de Bretagne qu'il se trouve pour la première fois sous les ordres du lieutenant de vaisseau Yves de Kerguelen, son aîné de quatre ans et son voisin à Quimper. Tous deux se lient d une amitié durable.
Bien normalement, Kerguelen obtient que Saint Aloüarn lui soit adjoint comme second, lorsqu'il reçoit, en 1771, les instructions pour un voyage d'exploration dans le sud de l'océan Indien, à la recherche du supposé continent austral. Le 16 janvier 1772, après s'être rejoints à I'IIe de France (Maurice aujourd'hui), ils partent tous deux vers le sud, l'un Kerguelen commandant de l'expédition est sur la Fortune, l'autre Saint Aloüarn commandant en second est sur le Gros ventre.
Plus les deux bateaux avancent vers le sud, et plus le temps se dégrade : vent, froid, pluie et grêle les accablent chaque jour davantage. Moins de quatre semaines plus tard, le 12 février 1772, dans le froid très vif et le gros temps, on aperçoit une île, qu'on baptise lie de la Fortune. Le lendemain 13 février, un gros cap apparaît, puis de hautes terres d'une hauteur prodigieuse, couvertes de neige sur le sommet des montagnes. C'est le continent austral ! du moins le croit-on.
Les bâtiments sont alors arrivés au sud-ouest de la grande île de l'actuelle Kerguelen (49°S 68°E), en ayant longé la côte occidentale sans la voir dans la bourrasque ; cette haute côte rocheuse noire, déserte, sur laquelle la mer brise avec fureur, présente des murailles abruptes de plusieurs centaines de mètres, dominées par une calotte glaciaire de plus de mille mètres, laissant passage à des glaciers qui s'écroulent jusque dans la mer avec un fracas de tonnerre. Et c'est précisément là, devant la côte la plus effrayante et inaccessible de l'archipel, qu'arrivent les deux flûtes de Kerguelen et Saint Aloüarn.
Dès le matin du 13 février, les officiers des deux bateaux conviennent d'un plan d'attaque de la terre et de la prise de possession. La Mouche, une chaloupe de la Fortune, commandée par l'enseigne de Rosily, qui est le second de Kerguelen sur sa flûte, part en éclaireur à l'entrée d'une petite baie (49°S 69°0), mais, trop lourde et lente, elle ne peut arriver à franchir une forte barre. Elle se trouve dépassée par le canot du Gros ventre, commandé par l'enseigne du Boisguéhenneuc qui, lui, est le second de Saint Aloüarn ; ce canot est armé de bons rameurs, et aussi de soldats du Royal Comtois sous les ordres du sergent Lafortune. Du Boisguéhenneuc et ses compagnons arrivent à débarquer au fond de la baie, où ils font la cérémonie de prise de possession en plantant un drapeau blanc sur le rivage ouest, accompagnée de décharges de mousqueterie. Bien que les îles Kerguelen ne seront officiellement reconnues françaises que plus de cent vingt ans plus tard, ceci est le premier acte de l'annexion.
Le temps se gâtant encore plus, le canot comme la chaloupe doivent rejoindre le vaisseau le plus proche d'eux, le Gros ventre, mais on ne retrouve plus la Fortune.
Le Gros ventre passe une semaine à rechercher la Fortune en vain, dans cette mer inconnue, dangereuse, et de plus en plus démontée. Le commandant de Saint Aloüarn décide alors de continuer la route vers l'est, et de se rendre aux lieux de rendez-vous prévus en cas de séparation, où il ne retrouve d'ailleurs toujours pas la Fortune.
Le Gros ventre arrive, le 17 mars 1772, devant les ensembles de rochers qui forment l'extrémité du cap Leeuwin (33°S 115°E) au sud-ouest de la Nouvelle-Hollande (aujourd'hui l'Etat d'Australie occidentale). Ces écueils seront nommés plus tard Iles Saint Aloüarn par d'Entrecastaux en 1792. Une tentative de débarquement se révèle infructueuse. Puis, allant vers le nord tout en longeant la côte occidentale, Saint Aloüarn arrive le 27 mars en face des hautes falaises de l'île de Dirk Hartog (26°S 114°E). Jusqu'au 8 avril, il explore tous les rivages de la Baie des Chiens marins (aujourd'hui la baie Flinders).
C'est pendant cette semaine-là que se passe l'épisode controversé de la prise de possession par les Français de l'Australie occidentale . Le 30 mars 1772, le commandant de Saint Aloüarn envoie l'enseigne Mengaud de la Hage à terre avec quelques rameurs et des soldats armés pour une première mission de reconnaissance, ils seront suivis par du Boisguéhenneuc, et Rosily. Ils exécutent la cérémonie de prise de possession dans les formes traditionnelles, c'est-à-dire qu'ils enterrent dans le sable une bouteille contenant le texte ainsi que deux écus d'argent de Louis XV, - écus qui seront retrouvés il y a juste quelques années. Selon le droit international admis à cette époque, ceci n'est que le premier élément d'une prise de possession d'une terre déserte. En effet, pour être complète et valide, il faut qu'elle soit publiquement notifiée au monde, et qu'elle soit suivie par un établissement permanent à l'endroit même. Si l'on ajoute que le capitaine James Cook avait lui-même déclaré, au nom de l'Angleterre, la prise de possession de l'Australie à Botany Bay, sur la côte orientale, le 28 avril 1770, il nous paraît alors difficile que les officiers français fassent connaître leur annexion de la même terre, - s'ils reviennent jamais.
Puis le Gros ventre repart, vers le nord, et arrive le 3 mai en vue de Timor qui est alors en partie sous la souveraineté du Portugal. Saint Aloüarn rencontre des difficultés à avoir du ravitaillement frais et à faire soigner ses malades, maintenant nombreux. II doit s'arrêter trente-huit jours, et ne peut repartir que le 2 juillet, en direction de Batavia. Rosily, de son côté, en rapporte un mémoire très documenté sur toute l'île de Timor, mémoire qui sera ensuite présenté à l'Académie de marine à Brest. A Batavia, siège de la Compagnie des Indes Néerlandaises, les Français sont forcés de payer cher le ravitaillement nécessaire.
Enfin le Gros ventre revient à I'IIe de France, le 5 septembre 1772, dans un état lamentable. Et l'on apprend alors que la Fortune, loin de s'être perdue, est rentrée en France depuis longtemps ! De nombreux malades sont débarqués, atteints du scorbut et de la malaria contractée à Batavia. Saint Aloüarn, qui était malade depuis le début du voyage, ne tarde pas à mourir, le 8 novembre, ainsi que Mengaud.
Mort trop jeune (il avait seulement trente quatre ans) pour pouvoir rester dans les mémoires, Louis de Saint Aloüarn nous laisse de lui un beau portrait, que le timbre ne représente pas entièrement. L'original, maintenant en la possession de son descendant direct, est un type de portrait traditionnel, d'un officier en uniforme de son grade, comme le faisaient faire de nombreux officiers au moment de partir pour un long voyage. On y voit un visage allongé, très fin, au regard très droit et légèrement souriant. L'élégance de la perruque peu poudrée, le costume rouge de l'officier, les galons dorés, ajoutent à sa distinction naturelle. C'est là un beau portrait d'un de ces jeunes officiers de la marine de Louis XV, ne craignant pas d'entrer dans un des métiers les plus dangereux de leur époque, et pour qui les récompenses n'ont pas pu reconnaître les qualités.
Sa biographie très développée a été publiée récemment, en 2002, par Philippe Godard, français vivant en Australie, et Tugdual de Kerros, descendant breton de Saint Aloüarn.

Gracie DELÉPINE
Conservateur en Chef honoraire à la Bibliothèque Nationale de France

(Notice n°351 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)

Maquette: Graveur: Couleurs: Impression: Format: Dentelure: Feuilles: Tirage: Coins datés :
marron, orange
Taille-douce
22 x 36
Vertical
13
25 timbres par feuille
100 000