Henri de Pascal (ou Paschal), Marquis de Rochegude (Enric Pascal de Ròcaguda en occitan), né le 18 décembre 1741 (la même année que Lapérouse) et mort le 16 mars 1834 à Albi, dans le Tarn, est un officier de marine, lexicographe, littérateur, philologue et bibliophile occitan et français.
Entré dans la marine sous l'Ancien Régime, il prend part, comme officier du commandant de Kerguelen sur l’Oiseau, à un voyage d'exploration des terres australes. Il découvre avec Kerguelen les iles du même nom, et c'est lui qui prit possession de ces îles en déposant un message retrouvé quelques années plus tard par Cook. Par la suite, il participe à la guerre d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique. Il est nommé capitaine en 1786 et quitte la marine en 1787 avec le grade de capitaine de vaisseau.
Imprégné des idées des philosophes des Lumières, il adhère avec enthousiasme aux premiers événements de la Révolution et il abandonne sans hésiter son titre de marquis, mais il reste modéré dans ses positions. Sous la révolution il est promu vice-amiral, puis commissaire inspecteur des ports et arsenaux en 1798. .
En 1790, il siège comme député à la Constituante. Il est réélu sous la Convention où il vote contre la mort du roi. Il sera de nouveau élu au conseil des Cinq Cents, sous le Directoire.
Passionné de littérature occitane, il est l'un des premiers spécialistes des troubadours et démontra la continuité entre la langue de ceux-ci et la langue occitane moderne. Son Parnasse occitanien prêt dès 1797, ne put paraître qu'en 1819..
Il se consacre pendant sa retraite (Il est mis à la retraite sous l’Empire en 1801) à l'étude de la langue occitane, de la littérature du Moyen Âge, et voue la fin de sa vie à la recherche. En 1819, il publia un
Essai d'un glossaire occitanien. Le 9 juillet 1831, il est élu maître ès jeux de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse.
Il meurt à 93 ans, en 1834, léguant à la ville d'Albi son Hôtel avec l'exceptionnelle Bibliothèque Rochegude (l'un des fonds anciens les plus riches de France constitué de plus de treize mille volumes), ainsi que le parc qui l'environne. Il comporte notamment des poésies grivoises en occitan.
Voir sa généalogie
Sources:
http://www.mairie-albi.fr/arthisto/gens/rochegude.html
http://www.laperouse-france.fr/spip.php?rubrique39
Amiral Henri Pascal de Rochegude (1741-1834)
L'Enseigne de vaisseau le marquis Henry Paschal de ROCHEGUDE était le second du lieutenant de vaisseau Saulx de Rosnevet, commandant l'Oiseau, frégate de vingt-quatre canons, qui partit de Brest le 26 mars 1773 dans la deuxième expédition vers les terres australes du commandant Yves de, KERGUELEN.
L'amiral Henry Paschal de Rochegude était est né à Albi en 1741, d'une famille aristocrate importante. Quand il sortit de l'école des gardes-marines de Rochefort, il fut d'abord envoyé en mission dans l'océan Indien, à l'île de France (aujourd'hui Maurice) de 1765 à 1768. Puis, ayant le goût de parfaire son instruction, il demanda, sa mission terminée, une année supplémentaire pour faire une croisière le long de la côte orientale de l'Inde. Cette croisière donna lieu, à son retour, à un intéressant mémoire : Lettres de l'enseigne de vaisseau de Rochegude, au ministre de la Marine, sur son voyage dans le Bengale et sur la côte de Coromandel, de septembre 1768 à janvier 1769.
Ce recueil de cinq lettres adressées au ministre Choiseul, rédigées à Albi du 12 au 26 février 1770, est composé d'une dizaine de grands feuillets, conservé dans le fonds Marine des Archives Nationales, et dont une copie se trouve au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Il y expose l'état des établissements européens. Il donne un très intéressant portrait du prince indien Aider-Ah-Khan, son histoire, ses guerres de harcèlement (« il voltige comme un Parthe autour des Anglais » qui le surnomment « le Frédéric de l'Inde»), et il insiste sur l'amitié de ce prince pour les Français. Rochegude fait une estimation de la puissance des différents Européens en Inde, Portugais, Hollandais, Anglais, Suédois, Danois.
Mais il a un jugement très désapprobateur sur le commerce des denrées précieuses (« on ne rapporte de ces pays-là rien d'absolument nécessaire»), et il se rapproche beaucoup en cela de l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal, qui, paraissant clandestinement en 1770, devait soulever beaucoup de controverses. En même temps, Rochegude suggère des alliances avec certains royaumes indiens, dans le but, encore et toujours, de contenir l'hégémonie de l'Angleterre. Et c'est bien là le souci du gouvernement de l'époque. Le ministre Choiseul envoie en Inde des missions secrètes d'officiers et d'ingénieurs, qui vont former des «partis» français auprès d'Aider-Ali-Khan et d'autres princes indiens, pour les soutenir contre les Anglais. On peut donc penser que tous les renseignements sont précieux pour le ministre, et que lui sont fort utiles ceux fournis par Rochegude.
Trois ans plus tard, l'enseigne de vaisseau de Rochegude part avec la seconde expédition australe conduite par le chevalier de Kerguelen. Il a trente-deux ans. II est le second dul ieutenant de vaisseau de Rosnevet commandant l'Oiseau, une frégate de vingt-quatre canons. Les instructions enjoignent de reconnaître les contours exacts de la terre découverte deux ans auparavant, d'établir une colonie, puis de faire le tour du monde en allant vers l'est.
En janvier 1774, l'expédition arrive au nord des îles Kerguelen, par un temps tout aussi épouvantable que la première fois. C'est Rochegude qui réussit, après mille difficultés, à faire un débarquement en canot, au fond d'une baie qu'on nomme baie de l'Oiseau, et il procède à une seconde cérémonie de prise de possession, après celle qu'avait faite l'enseigne du Boisguéhenneuc deux ans plus tôt dans le sud-ouest de l'île.
Puis, alors que tous pensent parfaire l'exploration, le commandant de Kerguelen décide de ne plus continuer, d'abandonner, et de repartir I Et Rochegude, comme les autres jeunes officiers, doit renoncer à ses ambitions de navigateur et d'explorateur.
Lorsque, de retour à Brest, Kerguelen est soumis au jugement d'un conseil de guerre à cause de sa conduite pour avoir désobéi aux instructions, ni Rosily qui avait été son second sur le Roland ni Rochegude ne déposent le moindre témoignage pouvant accabler leur commandant : en cela, ils se comportent avec la solidarité propre à leur corps d'officiers, ne laissant rien deviner de leurs sentiments.
Plus tard, Rochegude promu capitaine de vaisseau part en Amérique au moment de la guerre d'Indépendance. En 1783, il est élu à l'Académie de Marine, de même que Rosily. Il fait un long séjour à Saint-Domingue, se retire de la marine en 1787 et revient vivre près de ses livres dans sa ville d'Albi.
La Révolution le rattrape. II est député de la noblesse de Carcassonne aux Etats généraux de 1789, puis élu du Tarn à la Convention en1792. Conscient de ses devoirs de patriote, il réintègre alors la marine qui manque cruellement d'officiers. Au procès de Louis XVI, auquel il siège comme conventionnel, il vote pour la détention en temps de guerre et le bannissement en temps de paix : c'est le verdict de la mort qui l'emporte. Rochegude, promu contre-amiral, de même que Rosily et Kerguelen, est chargé de l'inspection des ports et arsenaux de Lorient à Dunkerque, ce dont il s'acquitte non sans mal. Epargné par la Terreur, il est, en 1795, député de la Somme au Conseil des Cinq-Cents, et nommé Inspecteur général des ports et arsenaux. En 1800, à l'âge de soixante ans, il part en retraite, et retourne à Albi, qu'il ne quitte plus jusqu'à sa mort.
Rien n'indique que ces trois officiers, Rochegude, Rosily et Kerguelen aient entretenu des relations, mais ils se sont sûrement rencontrés. En effet, tous les trois ont reçu en 1793 la promotion au grade d'amiral, dans des conditions il est vrai très différentes. Kerguelen, exclu de la Marine, a d'abord dû obtenir sa réintégration. Rochegude, peut-être marqué par l'Amérique, membre de la Convention, a renoncé à son titre de marquis. Et Rosily revient de faire une longue campagne en mer de six années. Dans le cours de 1793, ils se trouvent en même temps tous les trois à Brest : Kerguelen en attente d'un commandement, Rochegude chargé de remonter les arsenaux depuis Lorient jusqu'à Dunkerque, Rosily chargé d'inspecter les défenses de Saint-Malo à Dunkerque avant d'être nommé commandant de Rochefort. Comment ne se seraient-ils pas rencontrés ?
L'amiral de Rochegude, grand aristocrate aux idées éclairées, partit en retraite de la marine en 1800, à l'âge de soixante ans, et se retira à Albi. Peut-être une certaine rivalité l'éloignait-elle de Lapérouse, son condisciple du collège des jésuites d'Albi, comme on peut l'entrevoir dans une remarque faite à un ami : « C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu ce qui concerne mon camarade Lapérouse, cependant j'aurais mieux aimé son histoire que son éloge ».
Pendant sa très longue retraite de plus de trente ans, Rochegude se consacra à ce qui l'a rendu célèbre : la constitution d'une bibliothèque superbe, et ses chères études de philologie occitanienne. ll devint membre de l'Académie des Jeux floraux à Toulouse où il publia, en 1819, le Parnasse occitanien, recueil des poésies des troubadours, et un Glossaire occitanien. A sa mort, en 1834, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, il légua sa bibliothèque à la ville d'Albi, ainsi que sa belle demeure familiale entourée d'un beau parc. Grand érudit, caractère voltairien, ne laissant aucun héritier direct, son désir a été d'être enterré sous une dalle anonyme.
Il n'a plus jamais évoqué publiquement son extraordinaire aventure de jeunesse : comme si ces îles Kerguelen n'avaient jamais existé, comme si le rêve de l'innocence originelle les avait contenues dans un monde inaccessible, ou comme si elles étaient une aventure sans lendemain.
Pourtant d demeure, dans ses papiers, un relevé au crayon de la côte où il a abordé dans la tempête en janvier 1774...
Gracie Delépine
Conservateur en chef honoraire à la Bibliothèque nationale de France
(Notice n°378 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)