100ème anniversaire du cachet "Résidence de France"
District concerné: Kerguelen
Ces cachets ont été utilisés par les frères Bossière de février à avril 1909. En effet, le 31 juillet 1893, Henry Bossière a obtenu du président Sadi Carnot une concession lui conférant le droit d'exploiter pendant 50 ans les îles de l'archipel de Kerguelen. Un arrété daté du 26 mars 1896 nomme son frère René "Résident de France aux îles Kerguelen".
Deux types de cachets ont été apposés sur les toutes les valeurs des timbres français de type Blanc, Semeuse, Merson ou Pasteur .
Février 1909
à
avril 1909 |
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Cachet "Résidence de France " type I:
Navire: |
Cachet de Transit: |
Cachet d'arrivée en France: |
Jeannne
d'Arc |
Sans (Une lettre et une carte sont connues sans timbre avec la mention "non affranchie" ou "non oblitérée par manque de timbres" |
28-03-1909 |
| Sans |
23-05-1909 |
| Cape Town: 05-05-1905 |
23-05-1909 |
| Cape Town: 05-05-1905 et cachet Paquebot |
23-05-1909 |
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Janvier 1912
à
octobre 1913
Octobre 1922
à
mars 1925 |
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Cachet "Résidence de France " type II:
Navire: |
Cachet de Transit: |
Cachet d'arrivée en France: |
Jeannne
d'Arc |
Cape Town: 18-01-1912 et 19-01-1912 |
11-01-1912 |
| Point Natal: 01-03-1912 avec lettre signée du Baron P. Derouz |
24-03-1912 et 25-03-1912 |
Espoir |
Durban Natal: 26-04-1912 |
20-05-1912 |
| Cape Town: 04-03-1913 |
23-03-1913 |
Jacques |
Bunbury (Australie):18-10-1913 |
15-11-1913 |
Navire
Norvégien |
Cape Town Kaapstad: 25-10-1922 (affranchissement mixte avec Afrique du sud) |
Sans |
| Cape Town Kaapstad: 28-10-1922 (affranchissement mixte avec Afrique du sud) |
Sans |
| Courrier Delore sans cachet de transit |
Sans |
| Cape Town Kaapstad: 19-04-1923 |
08-05-1923 |
Oural |
Le Havre :23-05-1924 existe sur lettre et sur carte signées Etienne Peau |
Sans |
| Paris rue de Courty: 23-04-1924 (griffe du consulat de France à Cap Town au verso) Courrier consulaire |
sans ou 24-04-1924 |
| Cape Town Kaapstad: 02-04-1924 (affranchissement mixte avec Afrique du sud) |
23-04-1924 |
Radioleine |
Sans (Dernier pli connu avec le cachet "Résidence de France") |
23-05-1925 |
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Henry Bossière avait obtenu la concession des îles Kerguelen pour 50 ans par décret du 31 juillet 1893. Son frère René fut nommé « Résident de France aux îles Kerguelen » par arrêté du 26 mars 1894 du ministre des Colonies, alors qu'il était en route pour Kerguelen. Mais il devait interrompre son voyage en raison d'avaries du navire et d'une mutinerie de l'équipage. Ce n'est qu'en janvier 1909 que Henry, le concessionnaire, pouvait se rendre à Kerguelen depuis Durban (Point Natal) à bord d'un navire de la société norvégienne avec laquelle les deux frères venaient de passer un accord pour la chasse aux mammifères marins et l'installation d'une usine pour la fabrication d'huile.
C'est lors de ce premier séjour d'Henry Bossière à Kerguelen du 24 janvier au 21 avril 1909 qu'apparaissent les premières lettres en provenance de Kerguelen, affranchies de timbres français annulés par un cachet bleu « Résidence de France ». Dans ce cachet de 36 mm de diamètre figurent, au centre, le sceau de la République et dans la couronne les inscriptions « Résidence de France » et « Iles Kerguelen » séparées par deux fleurons. En fait ce cachet n'aurait dû être utilisé que par René, le Résident en titre, mais son frère l'utilisa – entre autres - à cette occasion, comme cachet d'oblitération du courrier, et ce, afin d'affirmer les droits des deux frères sur l'archipel.
Il est connu deux courriers dont les enveloppes des lettres portent ce cachet dit « Type I »:
- Le premier quitte Kerguelen le 21 février avec le navire Jeanne d'Arc qui effectue une rotation en Afrique du Sud pour se ravitailler. Il est remis à la poste de Durban le 5 mars 1909 et est distribué en France les 27 et 28 mars 1909 comme l'attestent les cachets d'arrivée au dos des enveloppes. Une petite dizaine d'enveloppes (ou plis) de ce premier courrier sont connues.
- Le second quitte Kerguelen le 21 avril 1909 toujours avec le Jeanne d'Arc et est déposé à la poste de Cape Town le 5 mai 1909 où certaines lettres reçoivent un cachet de transit à cette date. Elles sont distribuées en France avec un cachet d'arrivée des bureaux de destination des 22 ou 23 mai 1909. Environ 70 plis de ce second courrier sont connus.
Dans ces deux courriers, les plis sont affranchies de timbres de France dont les montants sont les plus divers et ne correspondent – et pour cause – à aucun tarif. Les destinataires de ces lettres sont des membres de la famille Bossière, des actionnaires de la Compagnie générale des îles Kerguelen ... et quelques philatélistes.
Curieusement ce cachet ne réapparaît pas par la suite. A partir de 1912, quand les Bossière envoient des missions d'élevage ou quand l'un d'eux se rend dans l'archipel, un nouveau cachet « Type II » sans le sceau de la République, annule les timbres d'affranchissement sur les enveloppes. La guerre de 1914 interrompt toutes les activités dans l'archipel ; elles ne reprennent qu'en 1922. Le traitement du courrier avec le cachet « Résidence de France » cesse définitivement en 1925 avec le rattachement de l'archipel à Madagascar, mais aussi sous la pression de l'Afrique du Sud qui dénonçait le procédé en faisant valoir – à juste titre – qu'il n'était pas conforme aux règles internationales. En effet, il n'y avait pas de bureau de poste officiel à Kerguelen et c'était les postes sud-africaines qui supportaient les dépenses d'acheminement de ces courriers vers la France.
Les Archives Nationales conservent de nombreuses correspondances échangées entre les frères Bossière et les ministres des Colonies de 1894 à 1912. Les Bossière, très procéduriers et toujours à la recherche de capitaux demandaient dès 1894 l'émission de timbres spécifiques pour Kerguelen, puis la création d'un bureau de poste pour lequel ils se proposaient, moyennant un pourcentage, d'assurer le trafic postal avec leurs navires. Les différents ministres, souvent excédés, se sont toujours refusés à donner suite à ces demandes utopiques répétées, tant que, conformément au cahier des charges de la concession, un début sérieux d'exploitation et de colonisation permanente ne verrait pas le jour. Or, de 1893 à 1909, à part quelques tentatives qui s'étaient soldées par des échecs, rien n'avait été entrepris par les deux frères, et à partir de 1909, seuls, des Norvégiens menaient une activité à Kerguelen.
Outre leur souci d'affirmer leurs droits sur l'archipel, les deux frères savaient ce qu'ils faisaient en utilisant cette procédure postale pour le moins dérogatoire. Leurs parents collectionnaient les plis et timbres du monde entier, aidés en cela par les facilités que leur offraient leur compagnie d'armement dont les nombreux navires sillonnaient les mers du monde. Dans une lettre expédiée de Kerguelen, René Bossière écrit à un ami : ...conservez cette enveloppe, elle prendra une grande valeur... »
Sur ce point, les deux frères ne s'étaient pas trompés ; tout philatéliste spécialisé dans les Terres Australes Françaises rêve de posséder un pli « Résidence de France » et plus particulièrement un Type I. Considérés comme des « précurseurs » de type « consulaire » des îles Kerguelen, les plis de ces courriers sont très recherchés par les collectionneurs. Mais en raison de leur très grande rareté, quand exceptionnellement l'un d'eux apparaît sur le marché philatélique, il faut pouvoir débourser quelques milliers d'Euros pour l'acquérir.
Pierre Couesnon
de l'Académie Européenne de Philatélie
(Notice n°379 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)