Emission: Faciale: Notice: Yvert: Cérès: Dallay: Scott: SG: Michel: WNS:
01/01/2009
4,00 €
384
PO 529
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418 b
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Triptyque algologie: Laminaria pallida
District concerné: SPA

L'algue Laminaria pallida a été décrite par Greville en 1848. Ses autres noms vernaculaires sont:
Saccharina pallida (Greville) Kuntze 1891
Laminaria schinzii Foslie 1893

Liste des publications qui citent cette algue dans les îles de l'océan Indien: île Amsterdam (Wynne & Scott 1989, Silva, Basson & Moe 1996), ile Saint Paul (Silva, Basson & Moe 1996).


Triptyque algologie: Biogéographie des espèces
District concerné:

Ce triptyque représente le 3e ensemble philatélique, édité par le territoire des TAAF, sur les algues marines, après Macrocystis et Durvillea (*) mis en circulation en 1977 et Peigne des Néréides, de la série 2005.
Au plan strictement scientifique, l'ensemble « algues » est très hétérogène et les études actuelles confirment qu'en réalité, cet ensemble regroupe sous ce vocable plus d'une dizaine de lignées évolutives très différentes. Même si cet aspect n'a pas lieu d'être détaillé ici, en toute logique, le terme « algues » ne devrait donc plus être utilisé puisqu'il ne correspond pas à un groupe bien délimité scientifiquement. Cependant par commodité et pour simplifier, il est pratique et encore coutumier de continuer à utiliser le terme « algues » pour désigner l'ensemble des organismes uni- ou multicellulaires, de structure relativement peu évoluée (l'appareil végétatif est nommé « thalle » pour le distinguer de celui des plantes supérieures), généralement chlorophylliens (et donc capables de photosynthèse), vivant majoritairement dans les eaux douces ou marines. Ainsi défini, ce groupe montre une grande diversité de forme, de structure, de couleur, de composition chimique, de cycle de vie ; plus de 60 000 espèces sont actuellement connues à la surface du globe. Les macroalgues, pluricellulaires et facilement visibles sur les côtes, appartiennent à 3 lignées évolutives principales au sein desquelles on citera (1) les « algues vertes » qui se situent à la base de l'évolution du « monde vert » aboutissant aux plantes terrestres et chez lesquelles la couleur verte est due à la chlorophylle nécessaire à la photosynthèse (2) les « algues brunes » où la chlorophylle est masquée par des pigments brun jaune (3) les « algues rouges » où la chlorophylle est masquée par des pigments rouges. Il faut aussi mentionner que les algues ont une importance économique réelle non seulement en Asie (berceau de leur utilisation) mais aussi en Europe où la France occupe une place de choix, en particulier avec ses côtes bretonnes sans compter le territoire des TAAF où des réflexions ont été menées en vue de leur exploitation.
Outre la description des espèces, le présent diptyque illustre la biogéographie des algues dans l'océan Austral, à partir de la répartition de quelques grandes espèces présentes dans le Territoire, en fonction de certaines caractéristiques du milieu océanique.

1) Laminaria pallida pour illustrer le district St Paul & Amsterdam:

Le nom scientifique du genre Laminaria fait référence à la forme en lame tandis que celui de l'espèce pallida rappelle la couleur claire, pâle. C'est une « algue brune » appartenant au groupe dont le nom vernaculaire classique est « laminaires » (même si le terme anglais « Kelp » lui est encore parfois appliqué à tort). Le nom spécifique commun qui pourrait être « laminaire claire ou laminaire cireuse » n'est pas utilisé dans le district.
Cette espèce occupe les zones côtières ne découvrant qu'aux très basses mers ; elle caractérise donc le sommet de l'étage infralittoral où elle forme des communautés souvent très denses (cf. partie droite du timbre). Cette situation écologique est aussi évoquée (partie centrale du timbre ) par les otaries qui, autour de la cale de débarquement à Amsterdam...prennent leur bain de soleil à marée basse, parmi les laminaires en partie exondées.
Cette algue pérenne, qui vit donc plusieurs années, peut atteindre 3 à 4 m. Chaque individu (cf. celui à la gauche du timbre) se présente sous la forme d'une grande lame (fronde) portée par une partie cylindrique (stipe) qui se termine par un crampon, système de fixation très caractéristique constitué dans ce cas d'un ensemble de petits doigts (haptères) naissant annuellement par couronnes successives, étagées autour de la base du stipe.
La croissance des individus, qualifiée d'intercalaire, est en effet assurée par la zone « stipofrondale », plus claire, faisant transition entre la lame et le stipe. Ainsi, elle engendre simultanément les tissus du stipe vers le bas et ceux de la fronde vers le haut tandis que l'extrémité libre de la lame, correspondant donc à ses parties les plus âgées, se découpe en lanières qui se détruisent au fur et à mesure de la croissance de l'individu (individu à la gauche du timbre).
Le cycle de vie doit aussi être signalé. En effet les individus tels qu'ils viennent d'être décrits libèrent à maturité des spores, éléments reproducteurs microscopiques, qui se fixent sur tous les substrats disponibles et en particulier sur les rochers environnants. Or, en germant, ces spores n'engendrent pas des individus semblables à ceux leur ayant donné naissance mais elles se développent en des thalles invisibles dans la nature constitués de filaments microscopiques porteurs d'une autre sorte d'éléments reproducteurs (gamètes) qui par fécondation deviennent des oeufs. Chaque oeuf est la première cellule d'un des grands thalles observés dans la nature. II y a donc deux générations indépendantes successives qui alternent nécessairement dans le cycle de vie de cette algue : d'une part un sporophyte très développé libérant des spores et d'autre part un gamétophyte microscopique engendrant des gamètes Enfin rappelons que sur les côtes de France l'exploitation d'autres espèces de laminaires est importante et rentable économiquement. On en extrait les alginates, gélifiants et épaississants utilisés en particulier dans les industries agroalimentaires ; la France se place parmi les producteurs mondiaux importants de ces substances.

2) Himantothallus grandifolius pour illustrer le district Terre Adélie:

Le nom générique scientifique Himantothallus signifie thalle en forme de langue (himanto) et le nom spécifique grandifolius (grandes feuilles) se comprend d'emblée.
Cette espèce se développe, en peuplements dispersés, sur les substrats rochers côtiers toujours immergés, à des profondeurs allant de quelques mètres à plus d'une trentaine sous la surface. Elle n'est donc pas visible à marée basse et se situe donc dans l'étage infralittoral. Les phoques qui se prélassent en se laissant transporter sur les icebergs dans l'environnement adélien (partie centrale du timbre) ne pourront l'observer, en place, qu'au cours de leur plongée sous marine !
Cette algue, pérenne, peut vivre plusieurs années et appartient aussi à l'ensemble « algues brunes ». Un individu à l'état adulte (cf. celui à la gauche du timbre) peut mesurer une dizaine de mètres. Le thalle apparaît constitué de nombreuses frondes plus ou moins déchiquetées, brunâtres, de consistance parcheminée, de forme allongée, pouvant atteindre 40 cm de largeur pour quelques cm d'épaisseur, et s'atténuant régulièrement à leur base. Elles s'insèrent de façon alterne ou opposée sur un stipe large, aplati, souvent vrillé qui s'ancre sur les rochers par un système de fixation très développé (40 cm de diamètre) et particulièrement résistant constitué de digitations aplaties, ramifiées, de quelques cm de diamètre (haptères).
Le cycle de vie est du même type que celui des laminaires avec alternance obligatoire entre une génération sporophytique représentée par les grands thalles décrits ci-dessus et une génération gamétophytique microscopique facilement observable en culture au laboratoire. Ce n'est que récemment que ce cycle de vie a été mis en évidence et que cette espèce a pu trouver sa place dans la classification, au sein des Desmarestiales, ensemble voisin des laminaires mais bien indépendant de ces dernières. A ce propos il est intéressant de se pencher sur la méthodologie de travail en recherche scientifique. Au cours du temps les espèces d'algues sont décrites avec de nouveaux noms pour chacune d'elles. A titre d'exemple celle actuellement connue sous le nom de Phyllogigas (grande feuille) grandifolia (cf. individu à droite du timbre qui mesure moins d'un m) est caractérisée par des frondes petites, minces, non détériorées mais dont l'allure générale rappelle celle de Himantothallus. En fait les études ont montré que Phyllogigas ne représente qu'un stade de croissance de Himantothallus. On sait aussi maintenant qu'un stade encore plus jeune a été décrit sous le genre Phaeoglossum (langue brune) ayant la forme d'une seule petite fronde mesurant quelques cm de longueur (cf . individu horizontal au centre du timbre) qui, à première vue, n'évoque évidemment pas Himantothallus. Ainsi différents états de développement d'une même espèce peuvent au cours du temps être désignés par des noms différents. Or chaque espèce doit n'avoir, bien sûr, qu'un seul nom scientifique qui, par obligation internationale, est le plus ancien connu. Au fur et à mesure des découvertes, les noms plus récents deviennent des synonymes. On peut ainsi comprendre pourquoi les noms scientifiques des espèces peuvent ... changer !

3) Macrocystis, Durvillaea, Peigne des Néréides & ... Vignette centrale:

Macrocystis. Sans rappeler ici les commentaires donnés en 1977, précisons que l'espèce considérée est Macrocystis pyrifera qui est une « algue brune » appartenant aussi au grand ensemble des laminaires.
Durvillaea. L'espèce considérée est Durvillaea antarctica (« algue brune », aussi) dont l'aspect général rappelle celui de Laminaria pallida mais qui, en réalité s'en différencie par de nombreux caractères. Ainsi un crampon compact, sans haptères, la fixe aux rochers et surtout son cycle de vie ne présente qu'une seule génération visible, sans seconde génération indépendante. Par ailleurs on remarquera que la graphie du genre a changé en raison de règles de nomenclature exposées ci-dessus. On doit désormais écrire Durvillaea et non plus Durvillea, comme en 1977. Peigne des Néréides est le nom vernaculaire de la seule « algue rouge » retenue, jusqu'à maintenant, dans la sélection philatélique. Son nom scientifique actuel est Plocamium cartilagineum mais, si des analyses avec les moyens de la biologie moderne étaient entreprises, il se pourrait bien que, là encore, des changements de noms soient rendus nécessaires !
Pour analyser la biogéographie de façon approfondie, la répartition des algues doit être fondée sur l'étude de nombreux relevés complets de la végétation marine pour les différents étages du littoral puis interprétée à l'aide de toutes nos connaissances sur l'océan Austral. La vignette centrale en illustre une synthèse simplifiée basée sur la répartition géographique des 4 grandes « algues brunes » présentées ci-dessus comparée à 2 caractéristiques importantes de l'Océan austral. Elle rappelle aussi l'existence des 4 districts des TAAF (Amsterdam & St Paul au nord, Crozet, Kerguelen au niveau des « 50e rugissants » et Terre Adélie sur le continent antarctique). On peut ainsi distinguer 4 traits représentant schématiquement l'aire des 4 espèces choisies ainsi que deux frontières océanographiques de l'océan Austral d'une part le front polaire (gros trait) et d'autre part la convergence subtropicale plus au nord. Himantothallus, essentiellement présente autour du continent antarctique, révèle l'existence d'une zone biogéographique « antarctique » ; Macrocystis et Durvillaea, particulièrement abondantes dans les îles situées entre les convergences, peuvent donc caractériser une « zone subantarctique » tandis que Laminaria peut être considérée comme indicatrice d'une « zone subtropicale ». On voit donc que les zones biogéographiques se présentent comme des couronnes concentriques autour de l'Antarctique en liaison avec les caractéristiques océanographiques de l'océan Austral.

(*) voir § 3 pour la graphie Durvillea/Durvillaea


René Delépine
Maître de Conférences des Universités
Ancien responsable Algologie-TAAF

(Notice n°384 reproduite avec l'aimable autorisaton de l'administration postale)

Maquette: Graveur: Couleurs: Impression: Format: Dentelure: Feuilles: Tirage: Coins datés :
Vert, bleu
Taille-douce
27 x 48
Horizontal
13
5 triptyques par feuille
100 000